Le défi climatique et les travaux nécessaires sur le réseau de Crest sont une opportunité à saisir pour rendre notre ville plus économe en eau et plus végétalisée.

« La rivière, c’est notre trésor, notre bien commun. Quant à l’eau en ville, c’est un enjeu majeur que nous traiterons sérieusement ! » Par ces mots, René-Pierre Halter, tête de liste Ensemble pour Crest, a lancé une balade passionnante sur les bords de Drôme, qui a réuni une centaine de personnes dimanche dernier.

La rivière, un être vivant

Premier intervenant, Roger Mathieu, membre de la Commission locale de l’eau, a dressé un portrait vivant et coloré de la Drôme, une des dernières rivières libres d’Europe, riche d’une biodiversité à protéger. Grâce aux structures qui la gèrent (SMRD, CLE…) et à la loi sur l’eau, elle va mieux qu’il y a plusieurs décennies. Les décharges des années 70, c’est fini. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas rester vigilant.

Roger Mathieu souligne que “la notion de rivière objet, ce n’est plus possible. La rivière est un être vivant, elle n’est pas là que pour servir les usages de l’homme. Et comme tout être vivant, elle a besoin de rester en contact avec une variété de milieux, comme votre bras a besoin d’être relié à votre jambe. C’est pourquoi les corridors écologiques et la lutte contre la bétonisation sont essentiels.

Aujourd’hui, le danger majeur pour la rivière vient du dérèglement climatique. « Il ne vous a pas échappé que les glaciers fondent, que les étés sont de plus en plus secs… », ironise Roger Mathieu. La ressource en eau est menacée. « Environ 12 millions de m³ par an (moyenne 2002-2009) sont prélevés sur le bassin hydrographique de la Drôme, tous usages confondus (eau potable, agriculture, industrie). Sur ces 12 millions, plus de 70 % sont consommés en été, en lien avec l’irrigation des champs », rapporte le représentant de la CLE.

Cela amène évidemment à remettre en question le modèle des grandes cultures voraces en eau, comme le maïs, qui n’est plus viable si notre climat doit ressembler à celui de l’Afrique du Nord en 2050 ! Un défi majeur, auquel il faut se préparer dès maintenant. 

Repenser la gestion des eaux urbaines

Autre enjeu majeur et urgent, celui de l’eau dans la ville de Crest.

« Il y a un travail important à faire en terme de gestion des eaux urbaines sur la commune », résume Pascal Molle, Directeur de Recherche et spécialiste des questions d’eau dans la ville à INRAE et membre de la liste Ensemble pour Crest. Et de décrire le réseau de la ville, ses déversoirs et la station d’épuration, qui est « non conforme en traitement depuis 2015 » pour cause de déversements trop fréquents, parfois même par temps sec sous le pont Mistral côté sud !

L’âge de vie moyen d’une station d’épuration est de 30 ans. Celle de Crest à 25 ans. Il faut donc dès à présent repenser la gestion des eaux urbaines avec comme point de mire la refonte de la station, qui sera forcément à reprendre dans son intégralité. L’objectif d’Ensemble pour Crest, souligne Pascal Molle, est d’avoir une approche globale où on repense la gestion de l’eau et la ville de demain, pour économiser la ressource en eau et valoriser les eaux pluviales et usées. Les travaux plus que nécessaires peuvent être une vraie opportunité pour transformer la ville et faire des économies.

Lyon a éliminé tout le plomb de son réseau avant 2013

Il existe aujourd’hui des solutions innovantes, dites « fondées sur la nature », qui sont encouragées notamment par l’Union européenne et les agences de l’eau. C’est maintenant que l’on doit être visionnaire et ne pas, comme pour le plomb, rater des subventions” rappelle Agnès Fouilleux. En effet, le problème du plomb doit toujours être réglé, alors qu’il aurait pu disparaître grâce aux subventions de l’agence de l’eau, proposées jusqu’en 2013. Lyon en a profité et a éliminé le plomb, malgré son réseau très dense et très ancien. Ne ratons pas le coche pour notre réseau d’eau usées.

En premier lieu, comme la question des eaux usées est forcément partagé avec l’intercommunalité, il est nécessaire de mutualiser la vision et les compétences. Il sera donc question d’étudier le transfert de compétence du réseau voire la voie d’une mise en régie publique de l’eau et de l’assainissement, afin d’en maîtriser le tarif et de l’adapter à tous les budgets. Cela pose également la question d’une tarification sociale. Depuis décembre 2019, après des phases d’expérimentations dans une 50aine de villes, toutes les collectivités peuvent le mettre en place.

Des canaux, de la végétation partout dans Crest…

Pour ce qui concerne les eaux usées, “le projet TIGA de Biovallée a une action sur l’économie circulaire de l’eau à l’échelle du bassin versant de la Drôme qui est tout à fait intéressante”, pointe Pascal Molle.

Et les eaux pluviales ? “Au lieu de les collecter, on les gère à la source par des solutions fondées sur la nature, pour les réutiliser localement (canaux, irrigation) ou les infiltrer dans le sol, ce qui est leur cycle naturel… Cela permettrait de réintroduire de l’eau et de la verdure en ville, donc de lutter contre les îlots de chaleur.

Cette vision d’un Crest végétalisé dans son ensemble a emporté l’adhésion du public, des plus anciens aux plus jeunes, séduits par le projet de vivre dans une ville régénérée tout en respectant la ressource en eau et la nature.