La rivière Drôme, enjeu majeur de notre territoire, souffre des non conformités chroniques de notre système d’assainissement. Des travaux d’ampleur à mener qui doivent être vus comme une opportunité pour un projet global de transition écologique de la ville.

La commune de Crest est épinglée depuis 2012 par les services de l’état pour non-conformité de son système d’assainissement aussi bien en performance (sauf 2013 et 2014) qu’en collecte de temps de pluie (chaque année). La saturation du réseau d’assainissement et de ses infrastructures est principalement liée soit à des réseaux vieillissants qui captent les eaux souterraines quand la nappe est haute, soit aux conséquences des eaux pluviales qui entrent dans les réseau unitaires (eaux pluviales plus eaux usées domestiques). Des déversements excessifs sont constatés chaque année (211 en 2019). Vu la lenteur des travaux, cela pourrait conduire rapidement à une mise en demeure de la part des services de l’état et engendrer pour l’ensemble des communes utilisant le réseau une interdiction des permis de construire. Il était urgent d’agir en 2012, ça l’est encore plus aujourd’hui !

Source : portail de l’assainissement du ministère de la transition écologique et solidaire

Un schéma directeur d’assainissement a été lancée par la municipalité actuelle pour analyser les causes des dysfonctionnements. Il permet de faire ressortir les points noirs en terme d’entrée d’eau claires parasites et d’eaux pluviales dans le réseau. Il mentionne également certains déversoirs qui rejettent parfois même en temps sec des eaux usées domestiques (au niveau du pont Mistral alors qu’une aire de débarquement de canoé a été mise en place). Les solutions proposées par le bureau d’étude sont classiques. On reprend les réseaux défectueux, on augmente leur capacité et on met en place un bassin de rétention pour retenir les surplus d’eaux en période de pluie et les restituer au réseau en temps sec afin que les eaux soient traitées à la station. Bref on vend des choses faciles à chiffrer et qui rapportent gros aux bureaux d’étude sachant qu’ils sont financés en % du coût des travaux. Mais pour quelle efficacité ?

Aborder la problématique assainissement nécessite une vision globale entre des travaux à faire sur le réseau, une station qu’il faudra refaire à court terme (la station à 24 ans de fonctionnement et s’approche de l’âge de vie moyen de 30 ans en France), des pressions sur la ressource en eau croissante et des contraintes urbanistiques pour accroître la résilience de la ville et le bien vivre à Crest. C’est aussi une réelle opportunité pour transformer la ville. Il faut donc décloisonner les services pour que la problématique de l’eau et notamment du temps de pluie puisse être pensée dans les projets d’urbanismes, de réaménagement des voiries, inclure les citoyens et bien entendu les acteurs du territoire comme les communes avec qui nous partageons la ressource et la gestion de certains ouvrages. C’est également important de soutenir les dynamiques locales pour innover dans le domaine et de faire de notre territoire une vitrine en la matière. Une action sur l’économie circulaire de l’eau est portée par Biovallée dans le cadre du TIGA, nous devons y participer !

Notre approche vise une gestion à la source des eaux pluviales par des solutions fondées sur la nature, technologies plébiscitée par l’ensemble des acteurs et bailleurs nationaux et internationaux du domaine de l’eau et de lutte contre le changement global. Les techniques de gestion à la source permettront d’améliorer véritablement le fonctionnement de l’assainissement et d’éviter d’avoir à investir dans des ouvrages extrêmement coûteux. Ces derniers sont, par ailleurs, rapidement dépassés par le développement urbain et les nouvelles surfaces imperméables. C’est au niveau de cette urbanisation et par la perméabilité des surfaces que doit être résolu le problème. Nous souhaitons changer de paradigme et aller vers une ville la plus perméable possible afin d’avoir un impact réel sur la réduction des rejets d’eau usées dans la Drôme ; modifier le paysage urbain et améliorer le bien vivre des Crestois. Ne soyons pas en retard mais en avance sur les questions d’eau et de développement urbain !